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Fiche métier : juriste en droit de l'environnement

Par Philippe D.

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Le nombre de postes de juriste en droit de l'environnement a progressé de 35 % entre 2020 et 2025 en France. L'inflation réglementaire — CSRD, CS3D, loi Industrie verte, taxonomie européenne — alimente une demande structurelle. Entreprises, cabinets d'avocats, collectivités et associations recrutent des profils capables de naviguer dans un corpus juridique devenu l'un des plus dynamiques du droit français et européen.

Le rôle du juriste en droit de l'environnement#

Missions principales#

Le juriste environnement assure la sécurité juridique de son employeur face aux réglementations environnementales. Ses missions varient selon qu'il exerce en entreprise (in-house), en cabinet ou dans le secteur public :

DomaineMissions concrètes
Veille réglementaireSuivi des textes (JO, EUR-Lex, AIDA-INERIS), analyse d'impact, alertes internes
ConformitéAudit des obligations ICPE, CSRD, REP, REACH ; rédaction de plans de mise en conformité
ContentieuxDéfense devant les juridictions administratives et pénales, recours contre arrêtés préfectoraux
ConseilAccompagnement de projets (études d'impact, enquêtes publiques, autorisations environnementales)
ContratsClauses environnementales dans les contrats fournisseurs, garanties de passif environnemental
FormationSensibilisation des équipes opérationnelles aux obligations réglementaires

Conseil vs contentieux : deux profils distincts#

Le juriste « conseil » intervient en amont : il prévient les risques, structure les dossiers d'autorisation, rédige des notes de synthèse pour la direction. Le juriste « contentieux » intervient en aval : il plaide devant le tribunal administratif, conteste des mises en demeure préfectorales, défend des exploitants ICPE poursuivis pénalement.

En cabinet d'avocats, les deux dimensions coexistent souvent. En entreprise, le profil conseil domine largement — le contentieux étant externalisé vers des cabinets spécialisés.

Compétences requises#

Compétences techniques#

  • Maîtrise du droit de l'environnement français et européen : code de l'environnement, directives UE (IED, Seveso III, cadre eau), règlements (REACH, taxonomie, CSRD)
  • Droit administratif : procédures d'autorisation, contentieux des installations classées, référé-suspension
  • Droit pénal de l'environnement : délits et contraventions environnementaux, responsabilité pénale du dirigeant (article L.173-1 du code de l'environnement)
  • Analyse de risques : cartographie des obligations, priorisation par criticité juridique et financière
  • Rédaction juridique : mémoires, conclusions, notes de synthèse, clauses contractuelles

Compétences transversales#

  • Vulgarisation : traduire le jargon juridique en recommandations opérationnelles pour les ingénieurs, les responsables QSE et la direction générale
  • Veille permanente : le droit de l'environnement évolue plus vite que la plupart des autres branches — plusieurs dizaines de textes réglementaires par an en France
  • Anglais juridique : indispensable pour le droit européen (textes originaux en anglais, jurisprudence CJUE)
  • Gestion de projet : coordination entre bureaux d'études, DREAL, avocats, préfectures

Formation et parcours type#

Formations initiales#

Le cursus standard passe par un master 2 en droit de l'environnement. Les formations les plus reconnues en France :

FormationÉtablissementSpécificité
Master Droit de l'environnementUniversité Paris-SaclayRéférence historique, réseau alumni solide
Master Droit de l'environnement et de l'urbanismeUniversité de StrasbourgDouble compétence environnement/urbanisme
Master Droit public de l'environnementUniversité Lyon 3Orientation contentieux administratif
Master Droit de l'environnement et du développement durableUniversité de NantesApproche pluridisciplinaire
LL.M. Environmental LawKing's College LondonPour le droit international et européen

Durée : 5 ans après le baccalauréat (licence de droit + master). Un CRFPA (certificat d'aptitude à la profession d'avocat) est nécessaire pour exercer en cabinet.

Certifications complémentaires#

  • Certificat d'études spécialisées (CES) en droit de l'environnement — proposé par plusieurs barreaux
  • Formation continue INERIS/ADEME — modules sur les ICPE, les sites pollués, les bilans GES
  • Certification ISO 14001 Lead Auditor — valorisée pour les postes en entreprise industrielle

Parcours type#

  1. Années 1-3 : junior en cabinet spécialisé ou en direction juridique d'un groupe industriel
  2. Années 4-7 : senior, autonomie sur les dossiers complexes (autorisations Seveso, contentieux environnemental)
  3. Années 8+ : associé en cabinet, directeur juridique environnement, ou transition vers le conseil en conformité réglementaire

Environnements de travail#

En entreprise (in-house)#

Les grands groupes industriels (énergie, chimie, BTP, agroalimentaire) disposent de juristes environnement intégrés à leur direction juridique ou à leur direction HSE/QSE. Le juriste in-house travaille en proximité avec les opérationnels : responsables de sites ICPE, directeurs de projets, responsables conformité.

Avantages : stabilité, connaissance approfondie d'un secteur, vision stratégique. Limites : spectre juridique plus étroit, dépendance à un seul employeur.

En cabinet d'avocats#

Les cabinets spécialisés en droit de l'environnement traitent des dossiers variés : autorisations, contentieux, transactions immobilières (due diligence environnementale), fusions-acquisitions (audit de passif environnemental).

Cabinets de référence en France : Huglo Lepage Avocats, August Debouzy (département environnement), CMS Francis Lefebvre (environnement/énergie), Gide (regulatory).

Avantages : diversité des dossiers, rémunération plus élevée à séniorité équivalente. Limites : charge de travail intense, pression des délais contentieux.

En collectivité et secteur public#

Les DREAL, l'Office français de la biodiversité (OFB), les agences de l'eau et les collectivités territoriales emploient des juristes environnement. Les missions portent sur l'instruction des dossiers d'autorisation, la rédaction d'arrêtés préfectoraux et le contrôle des installations classées.

En ONG et associations#

Des organisations comme France Nature Environnement (FNE), Greenpeace ou ClientEarth recrutent des juristes pour mener des contentieux stratégiques — recours contre des projets polluants, plaintes pénales, actions climatiques.

Salaires en 2025-2026#

Les rémunérations varient fortement selon le secteur et l'expérience. Les données ci-dessous sont basées sur les fourchettes observées sur les offres publiées en France métropolitaine (sources : APEC, Glassdoor, enquêtes cabinets de recrutement spécialisés) :

ExpérienceEntreprise (brut annuel)Cabinet (brut annuel)Secteur public
Junior (0-3 ans)32 000 – 40 000 EUR35 000 – 45 000 EUR28 000 – 35 000 EUR
Confirmé (4-7 ans)42 000 – 58 000 EUR50 000 – 70 000 EUR35 000 – 45 000 EUR
Senior (8+ ans)55 000 – 75 000 EUR70 000 – 120 000 EUR45 000 – 60 000 EUR

Note : les cabinets parisiens du Magic Circle et les Big Four proposent des rémunérations supérieures de 20 à 30 % par rapport à la moyenne du marché, en contrepartie d'une charge de travail proportionnelle.

Perspectives d'évolution#

Évolutions de carrière#

  • Directeur juridique environnement (in-house) — pilotage d'une équipe, interface avec le comité de direction
  • Associé en cabinet — développement d'une clientèle, encadrement de collaborateurs
  • Consultant en conformité réglementaire — statut indépendant ou en cabinet de conseil (EY, Deloitte, boutiques spécialisées)
  • Responsable affaires publiques — lobbying institutionnel sur les textes environnementaux
  • Magistrat administratif — via le concours de conseiller de tribunal administratif (passerelle rare mais existante)

Un marché en tension structurelle#

La multiplication des obligations de reporting (CSRD, taxonomie), le durcissement du droit pénal de l'environnement (responsabilité pénale des dirigeants) et l'accélération des procédures d'autorisation (loi Industrie verte) créent un besoin croissant de juristes spécialisés. Selon l'APEC, les offres d'emploi mentionnant « droit de l'environnement » ont augmenté de 28 % entre 2023 et 2025.

FAQ#

Faut-il le CRFPA pour exercer comme juriste environnement ?#

Non, pas systématiquement. Le CRFPA (et le titre d'avocat) est nécessaire uniquement pour exercer en cabinet d'avocats. En entreprise, en collectivité ou en association, un master 2 en droit de l'environnement suffit. En revanche, le titre d'avocat ouvre des possibilités de carrière plus larges et des rémunérations généralement supérieures.

Le juriste environnement peut-il exercer en freelance ?#

Oui, sous le statut de consultant juridique (hors activité réglementée d'avocat). La demande est forte en conformité CSRD, audits réglementaires et due diligence environnementale pour les transactions immobilières. Les tarifs journaliers observés oscillent entre 500 et 1 200 EUR selon le niveau d'expertise.

Quelles sont les branches du droit les plus demandées ?#

En 2025-2026, trois domaines concentrent l'essentiel de la demande : le droit des ICPE (installations classées), le reporting extra-financier (CSRD/ESRS) et le droit européen de l'environnement (taxonomie, MACF, REACH). La conformité carbone (bilans GES scope 3, MACF) est également en forte croissance.

Quel est le profil type recruté ?#

Master 2 en droit de l'environnement, 2 à 5 ans d'expérience, bilingue français-anglais, connaissance opérationnelle d'au moins un secteur industriel (énergie, chimie, BTP, agroalimentaire). La double compétence droit/ingénierie (ingénieur-juriste) reste un profil particulièrement recherché.

Sources#

PD

Philippe D.

Ingénieur & vulgarisateur technique

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