PNACC 3 : le plan national d'adaptation au changement climatique (scénario +4 °C)

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Le 6 mars 2025, le ministre de la Transition écologique a présenté le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC 3). Son titre officiel — La France se prépare à +4 °C — pose d'emblée le changement de paradigme : il ne s'agit plus seulement d'atténuer le changement climatique (réduire les émissions), mais de se préparer à ses conséquences inévitables. Le scénario retenu est une hausse de la température moyenne en France de +4 °C d'ici la fin du siècle par rapport à l'ère préindustrielle — soit le double de la moyenne mondiale, en raison de l'amplification continentale.

Contexte : pourquoi +4 °C en France ?

Le réchauffement accéléré

La France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. Depuis 1900, la température moyenne en France métropolitaine a augmenté de +1,9 °C — contre +1,3 °C à l'échelle mondiale (Météo-France, 2024). Cette surenchère s'explique par l'amplification continentale : les terres se réchauffent plus vite que les océans, et les latitudes moyennes subissent un gradient plus marqué.

Les projections de Météo-France, basées sur les modèles CMIP6, indiquent que même dans un scénario d'atténuation ambitieux (SSP2-4.5), la France atteindrait +3,1 °C d'ici 2100. Dans un scénario tendanciel (SSP5-8.5), le réchauffement atteindrait +5,4 °C. Le PNACC 3 retient un scénario intermédiaire de +4 °C comme référence de planification — un choix pragmatique qui reconnaît que l'objectif de 1,5 °C mondial est probablement hors de portée.

Les impacts concrets

Le rapport Jouzel (2014), actualisé par les travaux du programme Explore2 (2024), décrit les conséquences attendues en France :

  • Canicules : les vagues de chaleur de type 2003 deviendraient des événements estivaux courants. Le nombre de journées anormalement chaudes serait multiplié par 2 à 3.
  • Eau : les débits moyens des cours d'eau diminueraient de 10 à 50 % en été. Les sécheresses agricoles seraient deux à trois fois plus fréquentes.
  • Littoral : l'élévation du niveau de la mer (40 à 80 cm d'ici 2100, scénario médian GIEC) menacerait 1,5 million de personnes et 550 000 logements sur les côtes basses.
  • Agriculture : les rendements de blé baisseraient de 10 à 20 % dans le sud de la France. Les dates de vendange avanceraient de 2 à 3 semaines.
  • Forêt : 50 % des forêts françaises seraient en situation de stress hydrique chronique d'ici 2050. Le risque d'incendie s'étendrait au nord de la Loire.
  • Santé : multiplication des décès liés à la chaleur, extension de maladies vectorielles (dengue, chikungunya via le moustique-tigre).

La structure du PNACC 3

La trajectoire TRACC

L'innovation majeure du PNACC 3 est l'inscription de la trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique (TRACC) dans le Code de l'environnement (décret n° 2026-XXX, publié en janvier 2026). La TRACC définit les niveaux de réchauffement attendus à chaque horizon temporel, que toutes les politiques publiques d'adaptation doivent prendre en compte :

HorizonRéchauffement projeté (France)Implication
2030+2,1 °CDéjà quasi-certain, adaptation urgente
2050+2,7 à +3,2 °CRéférence pour les infrastructures en construction
2100+3,8 à +4,5 °CRéférence pour l'urbanisme et l'aménagement du territoire

L'inscription de la TRACC dans le Code de l'environnement crée une obligation juridique : les documents d'urbanisme (PLU, SCoT), les études d'impact environnemental, les plans climat (PCAET) et les projets d'infrastructure devront démontrer leur compatibilité avec cette trajectoire.

Les 5 axes et 200 mesures

Le PNACC 3 est structuré autour de 5 axes, déclinés en 200 actions concrètes :

Axe 1 — Protéger la population (52 mesures)

  • Généralisation des plans canicule renforcés dans les EHPAD et les hôpitaux
  • Création d'îlots de fraîcheur dans toutes les communes de plus de 10 000 habitants d'ici 2030
  • Adaptation des bâtiments scolaires au confort d'été (isolation, ventilation naturelle, végétalisation)
  • Renforcement de la surveillance des maladies vectorielles (programme LAV)

Axe 2 — Assurer la résilience des territoires (48 mesures)

  • Révision des plans de prévention des risques (PPR) pour intégrer la trajectoire TRACC
  • Recul stratégique du trait de côte : relocalisation des populations et activités en zone submersible (décret pris en application de la loi Climat, art. L. 321-15 du Code de l'environnement)
  • Adaptation des réseaux d'infrastructures (routes, rails, réseaux électriques) au réchauffement

Axe 3 — Adapter l'économie (42 mesures)

  • Plan d'adaptation de l'agriculture : diversification des cultures, sélection variétale, irrigation économe, stockage de l'eau
  • Adaptation du tourisme : diversification montagne (4 saisons), anticipation de la baisse d'enneigement
  • Adaptation de l'industrie : sécurisation de l'approvisionnement en eau pour les sites industriels

Axe 4 — Protéger les milieux naturels (35 mesures)

  • Restauration de 50 000 hectares de zones humides d'ici 2030 (rôle tampon contre les crues et les sécheresses)
  • Protection des forêts : programme de renouvellement forestier adapté au climat futur (essences méditerranéennes en progression vers le nord)
  • Continuité écologique : effacement de 1 000 obstacles sur les cours d'eau d'ici 2030

Axe 5 — Mobiliser les acteurs (23 mesures)

  • Formation des élus locaux et des agents territoriaux à l'adaptation
  • Intégration de l'adaptation dans les référentiels de la commande publique
  • Création d'un observatoire national de l'adaptation

Le financement

Le PNACC 3 prévoit un budget de 2,3 milliards d'euros sur 5 ans (2025-2030), dont :

  • 800 M€ pour l'adaptation des infrastructures
  • 500 M€ pour le programme « Eau et agriculture »
  • 350 M€ pour la restauration des milieux naturels
  • 250 M€ pour l'adaptation des bâtiments publics
  • 400 M€ répartis entre les autres axes

Ce budget est jugé insuffisant par le Haut Conseil pour le Climat (avis de mai 2025), qui estime les besoins à 5 à 8 milliards d'euros par an à l'horizon 2030.

Les obligations pour les collectivités

Les PCAET

Les Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET), obligatoires pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants, doivent intégrer un volet adaptation cohérent avec la TRACC. Le PNACC 3 impose que les PCAET révisés après le 1er janvier 2026 intègrent explicitement le scénario +4 °C.

Les PLU et SCoT

Les documents d'urbanisme doivent :

  • Identifier les zones à risque (inondation, submersion, retrait-gonflement des argiles, îlot de chaleur urbain)
  • Prévoir des espaces de pleine terre suffisants (objectif ZAN + adaptation)
  • Intégrer les prescriptions de confort d'été dans les règlements de zone

Les plans de gestion de l'eau

Les SDAGE et les SAGE doivent être révisés pour intégrer les projections hydrologiques du programme Explore2. L'objectif est de réduire les prélèvements de 10 % d'ici 2030 et de 25 % d'ici 2050 dans les bassins en stress hydrique.

Les obligations pour les entreprises

L'analyse de vulnérabilité climatique

La CSRD (standard ESRS E1) exige que les grandes entreprises analysent leur vulnérabilité aux risques physiques du changement climatique (risques chroniques et aigus). Le PNACC 3 recommande que cette analyse soit cohérente avec la TRACC française pour les entreprises opérant en France.

L'adaptation des sites industriels

Les exploitants d'ICPE situées en zone à risque (inondation, sécheresse, incendie de forêt) doivent mettre à jour leur étude de dangers en intégrant les scénarios climatiques actualisés. L'arrêté ministériel du 4 octobre 2010 (modifié) encadre cette obligation pour les sites Seveso.

Les assurances et le régime Cat-Nat

Le coût des catastrophes naturelles en France est passé de 2,4 milliards d'euros par an (moyenne 2000-2019) à 4,1 milliards en 2023 (France Assureurs, 2024). Le régime Cat-Nat est sous tension. Le PNACC 3 annonce une réforme du régime d'indemnisation pour inciter à la prévention et à l'adaptation — avec un malus possible pour les collectivités et entreprises qui n'auront pas intégré les risques climatiques.

FAQ

Quelle est la différence entre atténuation et adaptation ?

L'atténuation consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l'ampleur du changement climatique (SNBC, taxonomie, neutralité carbone). L'adaptation consiste à réduire la vulnérabilité des sociétés et des écosystèmes face aux impacts déjà inévitables du changement climatique. Les deux sont indispensables et complémentaires : sans atténuation, l'adaptation sera dépassée ; sans adaptation, les dommages seront considérables même avec une atténuation ambitieuse.

Le scénario +4 °C est-il pessimiste ?

Non. C'est un scénario médian pour la France. Les projections vont de +3,1 °C (scénario optimiste SSP2-4.5, atténuation modérée) à +5,4 °C (scénario pessimiste SSP5-8.5, poursuite des tendances). Retenir +4 °C comme référence de planification est un choix prudent — ni catastrophiste, ni complaisant. Le Haut Conseil pour le Climat soutient ce choix.

Les collectivités ont-elles les moyens de s'adapter ?

Le financement est le point faible du PNACC 3. Les 2,3 milliards d'euros prévus sur 5 ans sont insuffisants au regard des enjeux. Les collectivités — en particulier les petites communes rurales — manquent de moyens financiers, techniques et humains. La Cour des comptes (rapport 2024) recommande un fonds national d'adaptation doté d'au moins 3 milliards d'euros par an.

Le PNACC 3 a-t-il force de loi ?

Partiellement. Le PNACC 3 en lui-même est un document de planification gouvernementale, non contraignant juridiquement. En revanche, la trajectoire TRACC, inscrite dans le Code de l'environnement par décret, crée une obligation juridique pour les documents d'urbanisme, les études d'impact et les plans climat. C'est un mécanisme de « cascade réglementaire » : le PNACC inspire des obligations qui, elles, sont contraignantes.

Sources

  • Ministère de la Transition écologique, PNACC 3 — La France se prépare à +4 °C, mars 2025
  • Haut Conseil pour le Climat, Avis sur le PNACC 3, mai 2025
  • Météo-France, Projections climatiques CMIP6 pour la France, 2024
  • BRGM/Météo-France/INRAE, Programme Explore2, 2024
  • Cour des comptes, Les politiques publiques d'adaptation au changement climatique, 2024
  • France Assureurs, Bilan climatique et catastrophes naturelles, 2024
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