Paquet Omnibus UE : simplification de la CSRD et CS3D en 2025

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Le 26 février 2025, la Commission européenne a déposé sur la table un ensemble de propositions législatives destinées à alléger le cadre réglementaire de la finance durable. Baptisé « paquet Omnibus », ce texte réforme en profondeur deux piliers du Green Deal : la directive CSRD sur le reporting de durabilité et la directive CS3D sur le devoir de vigilance des entreprises. En décembre 2025, le Parlement européen a définitivement voté la loi par 428 voix contre 218. Pour les directions juridiques, les services QSE et les responsables conformité, le paysage réglementaire européen vient de changer radicalement.

Genèse du paquet Omnibus : pourquoi simplifier maintenant

Le constat de la Commission européenne est parti d'un diagnostic sévère : la superposition des obligations de reporting (CSRD, taxonomie verte, SFDR) imposait aux entreprises une charge administrative estimée à plus de 6 milliards d'euros par an. Les PME, en particulier, subissaient un effet de cascade : même non directement assujetties, elles devaient répondre aux demandes de données de leurs donneurs d'ordres soumis au reporting.

La présidente Ursula von der Leyen a fixé un objectif chiffré : réduire de 25 % la charge administrative pour toutes les entreprises et de 35 % pour les PME. Le paquet Omnibus est le véhicule législatif retenu pour atteindre ces cibles, en agissant simultanément sur la CSRD, la CS3D et la taxonomie verte européenne.

La dimension politique est tout aussi importante. Face à la montée des critiques sur la compétitivité européenne — particulièrement après le rapport Draghi sur la compétitivité industrielle — Bruxelles a choisi de desserrer l'étau réglementaire sans renier ses ambitions climatiques. Un exercice d'équilibriste dont le résultat divise les observateurs.

Calendrier législatif : du dépôt à l'adoption définitive

Le parcours du paquet Omnibus a été remarquablement rapide pour un texte de cette envergure.

Les étapes clés

  • 26 février 2025 : la Commission européenne adopte le paquet Omnibus et le transmet aux co-législateurs (Parlement et Conseil).
  • 3 avril 2025 : le Parlement vote le mécanisme « Stop-the-Clock », accordant un report immédiat de deux ans aux entreprises de la vague 2 de la CSRD.
  • 14 avril 2025 : le Conseil de l'Union européenne approuve le mécanisme à son tour.
  • 9 décembre 2025 : accord politique provisoire entre le Parlement et le Conseil sur l'ensemble du texte (trilogue).
  • 16 décembre 2025 : vote final du Parlement européen, adoption définitive de la loi Omnibus.

Il est essentiel de distinguer trois moments juridiques différents : la proposition (février 2025), l'adoption (décembre 2025) et l'entrée en vigueur (20 jours après publication au Journal officiel de l'UE, attendue début 2026). Les États membres disposent ensuite d'un an pour transposer les nouvelles dispositions en droit national.

CSRD : 80 % des entreprises sorties du périmètre

La réforme la plus spectaculaire concerne la directive CSRD. Le paquet Omnibus réduit drastiquement le nombre d'entreprises soumises au reporting de durabilité.

Nouveaux seuils pour les entreprises de l'UE

Seules restent assujetties les entreprises cumulant :

  • Plus de 1 000 salariés
  • Un chiffre d'affaires net annuel supérieur à 50 millions d'euros ou un total de bilan supérieur à 25 millions d'euros

Pour les sociétés cotées sur un marché réglementé européen, un seuil complémentaire s'applique : chiffre d'affaires net annuel supérieur à 450 millions d'euros avec plus de 1 000 salariés.

Entreprises non-UE

Les groupes non européens ne sont concernés que si leur chiffre d'affaires dans l'Union dépasse 450 millions d'euros sur deux exercices consécutifs et qu'ils disposent d'une filiale ou succursale générant plus de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'UE.

Calendrier de reporting révisé

VagueEntreprises concernéesAncien calendrierNouveau calendrier
Vague 1Grandes entreprises cotées (déjà soumises NFRD)Exercice 2024, rapport en 2025Maintenu — exemption transitoire si hors périmètre dès 2025
Vague 2Grandes entreprises non cotéesExercice 2025, rapport en 2026Report de 2 ans — exercice 2027, rapport en 2028
Vague 3PME cotéesExercice 2026, rapport en 2027Sorties du périmètre obligatoire

Ce report de deux ans, dit « Stop-the-Clock », a été le premier élément adopté (avril 2025), avant même la finalisation du texte complet. Il a permis aux entreprises de la vague 2 de souffler immédiatement.

Protection des PME dans la chaîne de valeur

Point majeur : les donneurs d'ordres soumis à la CSRD ont désormais l'interdiction formelle d'exiger de leurs fournisseurs de moins de 1 000 salariés des données allant au-delà du référentiel VSME (Voluntary Standard for SMEs) développé par l'EFRAG. Cette clause dite « anti-cascade » protège les PME contre les demandes disproportionnées de leurs clients.

CS3D : seuils rehaussés, calendrier décalé

La directive CS3D (Corporate Sustainability Due Diligence Directive), aussi appelée CSDDD ou « devoir de vigilance européen », subit elle aussi une cure d'allègement significative. Les entreprises soumises à la directive CS3D sont désormais beaucoup moins nombreuses.

Nouveaux seuils d'application

  • Entreprises de l'UE : plus de 5 000 salariés et chiffre d'affaires net supérieur à 1,5 milliard d'euros
  • Entreprises non-UE : chiffre d'affaires dans l'UE supérieur à 1,5 milliard d'euros, sans condition d'effectifs

À titre de comparaison, les seuils initiaux de la directive adoptée en 2024 prévoyaient une application dès 500 salariés et 150 millions d'euros de chiffre d'affaires. Le rehaussement est considérable.

Nouveau calendrier

La date de transposition par les États membres est reportée d'un an, au 26 juillet 2028. Les entreprises devront se conformer aux obligations de vigilance d'ici juillet 2029 au plus tôt. Ce décalage laisse aux entreprises un temps de préparation supplémentaire, mais ne supprime pas la nécessité d'anticiper.

Articulation avec la loi française

La France dispose déjà de sa propre loi sur le devoir de vigilance (loi n° 2017-399 du 27 mars 2017), qui s'applique aux sociétés de plus de 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde. La transposition de la CS3D révisée devra s'articuler avec ce texte existant. Pour les grandes entreprises françaises, le droit national reste plus exigeant que la directive européenne simplifiée sur certains aspects, notamment le régime de responsabilité civile.

Impact économique : 4,4 milliards d'euros d'économies annuelles

La Commission européenne estime que les modifications apportées par le paquet Omnibus réduiront les coûts administratifs d'environ 4,4 milliards d'euros par an pour les entreprises européennes. Le détail se répartit ainsi :

  • 1,6 milliard d'euros d'économies ponctuelles liées à la simplification de la CSRD et des normes ESRS
  • 0,9 milliard d'euros d'économies liées à l'allègement des exigences de la taxonomie verte
  • Le solde provient des simplifications transversales (réduction des obligations de reporting croisées)

Ces chiffres sont avancés par la Commission et doivent être nuancés. Plusieurs organisations de la société civile (dont le réseau CDSB et certaines ONG environnementales) estiment que le coût de l'opacité accrue — moins de données ESG publiques — n'a pas été intégré dans le calcul.

Normes ESRS simplifiées : ce que prépare l'EFRAG

Parallèlement au texte législatif, l'EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a remis début décembre 2025 son avis technique à la Commission européenne pour une révision simplifiée des normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards).

Les principales orientations :

  • Réduction du nombre de points de données obligatoires
  • Renforcement de la proportionnalité selon la taille de l'entreprise
  • Meilleure interopérabilité avec les normes ISSB (International Sustainability Standards Board)
  • Publication de l'acte délégué officiel attendue mi-2026

Les entreprises de la vague 1 (reporting sur l'exercice 2024) continueront d'appliquer les normes ESRS actuelles. Les normes simplifiées s'appliqueront aux entreprises restant dans le périmètre pour les exercices 2027 et suivants.

Ce que les entreprises doivent faire concrètement

Entreprises restant dans le périmètre CSRD

Pour les sociétés de plus de 1 000 salariés dépassant les seuils financiers, la CSRD reste pleinement applicable. La simplification des normes ESRS attendue mi-2026 allégera le volume de données à collecter, mais la logique de double matérialité et de reporting audité demeure.

Actions prioritaires :

  • Maintenir les processus de collecte de données ESG déjà engagés
  • Surveiller la publication de l'acte délégué ESRS simplifié (mi-2026)
  • Adapter les systèmes de reporting aux nouvelles exigences proportionnées

Entreprises sortant du périmètre

Les sociétés désormais exemptées (moins de 1 000 salariés ou sous les seuils financiers) n'ont plus d'obligation légale de reporting CSRD. Toutefois :

  • Les engagements volontaires restent possibles via le référentiel VSME
  • Les donneurs d'ordres ne peuvent plus exiger de données au-delà du VSME
  • Un reporting volontaire peut constituer un avantage concurrentiel, notamment pour les appels d'offres publics intégrant des critères ESG

Préparation à la CS3D

Même avec le report à 2029, les entreprises concernées ont intérêt à structurer dès maintenant leur cartographie des risques. Le Green Deal européen maintient le cap vers la neutralité carbone 2050, et les exigences de vigilance, même allégées, nécessitent une préparation en amont.

Critiques et limites du paquet Omnibus

Le texte ne fait pas l'unanimité. Les principales critiques portent sur trois points.

Un recul de la transparence. En excluant 80 % des entreprises du périmètre CSRD, l'Union européenne réduit mécaniquement le volume de données ESG disponibles pour les investisseurs, les agences de notation et la société civile. Certains analystes pointent un paradoxe : la taxonomie verte et le SFDR reposent sur des données que la CSRD était censée fournir.

Un signal négatif pour l'ambition climatique. Des ONG comme le WWF ou ClientEarth ont dénoncé un « détricotage du Green Deal » sous pression du lobbying industriel. Le vote serré au Parlement (428 pour, 218 contre) reflète cette tension entre compétitivité économique et ambition environnementale.

Un risque de fragmentation. La transposition nationale, laissée aux États membres, pourrait créer des disparités. La France, avec sa loi Vigilance préexistante, pourrait maintenir des exigences plus strictes que le plancher européen, créant un différentiel de compétitivité pour les entreprises françaises.

Prochaines étapes en 2026

  • Publication au Journal officiel de l'UE : attendue au premier trimestre 2026. Entrée en vigueur 20 jours après.
  • Acte délégué ESRS simplifié : publication attendue mi-2026 par la Commission, sur la base de l'avis EFRAG.
  • Transposition nationale : les États membres disposent d'un an après l'entrée en vigueur pour adapter leur législation.
  • Premiers reports effectifs : les entreprises de la vague 2 ne publieront leur premier rapport de durabilité qu'en 2028 (sur l'exercice 2027).

Le paquet Omnibus redessine le paysage réglementaire européen en matière de durabilité. Entre soulagement pour les PME et inquiétude des défenseurs de la transparence, l'enjeu est désormais dans l'exécution : la qualité des normes simplifiées et la rigueur des transpositions nationales détermineront si cette réforme constitue un ajustement pragmatique ou un recul structurel du Green Deal.

Sources

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