En 2025, seulement 31 % des entreprises soumises au BEGES respectent leur obligation légale. Ce taux de conformité alarmant contraste avec la montée en puissance des sanctions : depuis juin 2024, le non-respect du Bilan d'Émissions de Gaz à Effet de Serre peut entraîner l'exclusion des marchés publics et la perte des aides à la transition écologique. Décryptage d'une obligation réglementaire que trop d'organisations ignorent encore.
Le BEGES : de quoi parle-t-on ?
Le Bilan d'Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) est un inventaire comptable des émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre générées par l'activité d'une organisation. Il est régi par l'article L229-25 du Code de l'environnement, introduit par la loi Grenelle II en 2010 et renforcé à plusieurs reprises depuis.
Il ne faut pas confondre le BEGES avec le bilan carbone généralisé décrit dans l'article sur le bilan GES obligatoire, qui couvre les obligations issues d'autres cadres réglementaires comme la CSRD européenne. Le BEGES est spécifiquement l'outil de la réglementation française, avec ses propres seuils, sa propre fréquence et sa propre plateforme de publication.
Qui est concerné ?
L'obligation BEGES s'applique à trois grandes catégories d'organisations :
Les entreprises privées de plus de 500 salariés (250 en Outre-mer). Le seuil s'apprécie au niveau de l'entreprise, pas du groupe — mais des règles d'articulation existent en cas de filiales.
Les personnes morales de droit public de plus de 250 agents : établissements publics, agences, organismes publics.
Les collectivités territoriales de plus de 50 000 habitants : régions, départements, communes et EPCI (établissements publics de coopération intercommunale). Cette catégorie représente environ 400 collectivités en France.
Les administrations de l'État (ministères, préfectures) sont également soumises à l'obligation, selon des modalités spécifiques coordonnées par les ministères.
Quelle fréquence ?
La périodicité diffère selon le type d'organisation :
- Entreprises et personnes morales de droit public : tous les 4 ans
- Collectivités territoriales : tous les 3 ans
Le premier BEGES doit être réalisé dans les deux ans suivant le passage du seuil d'effectif. Les organisations qui existaient déjà lors de la promulgation de la loi devaient produire leur premier bilan avant le 31 décembre 2012.
Les scopes : comprendre ce qu'on mesure
La méthodologie du BEGES repose sur une distinction en trois périmètres d'émissions, selon le référentiel international GHG Protocol :
Scope 1 — émissions directes : celles issues des installations et équipements possédés ou contrôlés par l'organisation. Chaudières, véhicules de flotte, procédés industriels. C'est le périmètre le plus facile à mesurer et à documenter.
Scope 2 — émissions indirectes liées à l'énergie : celles générées par la production de l'électricité, de la chaleur ou de la vapeur consommées par l'organisation. Même si ces émissions ont lieu chez le producteur d'énergie, elles sont attribuables à l'usage qu'en fait l'organisation.
Scope 3 — autres émissions indirectes : toutes les émissions générées en amont et en aval de l'activité : achats de matières premières, déplacements domicile-travail des salariés, transport des produits, fin de vie des produits. Le scope 3 représente généralement entre 70 et 90 % des émissions totales d'une organisation — et c'est précisément là que réside le plus grand potentiel de réduction.
Depuis le décret du 1er juillet 2022, le scope 3 est obligatoire pour les entreprises soumises à la déclaration de performance extra-financière (DPEF), c'est-à-dire les grandes entreprises cotées. Pour les autres, il reste recommandé.
Le plan de transition : obligation méconnue
Le BEGES ne se limite pas à un inventaire chiffré. La réglementation impose également la publication d'un plan de transition présentant les objectifs, moyens et actions envisagés pour réduire les émissions identifiées. Ce plan doit être cohérent avec les objectifs climatiques nationaux (neutralité carbone en 2050).
En pratique, beaucoup d'organisations produisent leur bilan mais oublient — ou bâclent — le plan de transition. C'est pourtant une composante légalement obligatoire, et les contrôles se renforcent.
La plateforme BEGES ADEME : publication obligatoire
Tous les bilans doivent être publiés en ligne sur la plateforme nationale BEGES, administrée par l'ADEME : bilans-ges.ademe.fr. Cette publication est obligatoire, publique et consultable par tous.
La plateforme permet également d'utiliser le guide sectoriel de l'ADEME pour le calcul, et de comparer ses émissions à des moyennes de référence par secteur d'activité. L'ADEME fournit des facteurs d'émissions vérifiés dans la base Carbone, qui sert de référence pour la plupart des calculs.
Sanctions et conséquences du non-respect
Le dispositif de sanctions a été considérablement renforcé :
Amendes : jusqu'à 50 000 euros pour une première infraction, 100 000 euros en cas de récidive.
Exclusion des marchés publics : depuis juin 2024, ne pas produire et transmettre son BEGES peut entraîner l'exclusion des procédures d'appel d'offres public. Cette sanction touche particulièrement les prestataires de l'État et des collectivités.
Perte d'aides publiques : l'obtention des aides à la transition écologique et énergétique est désormais conditionnée à la production du BEGES pour les entreprises concernées.
Articulation avec la CSRD européenne
Le BEGES réglementaire s'articule avec les nouvelles obligations de reporting de durabilité introduites par la directive CSRD. La CSRD, qui s'applique progressivement aux grandes entreprises européennes depuis 2024, impose un rapport de durabilité selon les standards ESRS — qui incluent des indicateurs climatiques plus larges que le seul BEGES.
Pour les organisations soumises aux deux cadres, la question de l'alignement méthodologique est cruciale : éviter de doubler le travail en harmonisant les périmètres de mesure, les données sources et les années de référence.
La conformité environnementale des entreprises passe de plus en plus par la maîtrise de ces deux référentiels complémentaires.
Pour les organisations qui partent de zéro, voici les étapes pratiques :
- Vérifier l'assujettissement : comptage des effectifs, statut juridique, seuils
- Définir le périmètre : quelles entités, quels sites, quelle année de référence
- Collecter les données : factures énergie, relevés kilométriques, achats, logistique
- Calculer avec les facteurs ADEME : base Carbone disponible en ligne
- Produire le plan de transition : objectifs de réduction, actions concrètes, calendrier
- Publier sur bilans-ges.ademe.fr : avant la deadline réglementaire
Des prestataires spécialisés et des outils SaaS (Sami, Hellocarbo, Sweep, etc.) facilitent la démarche, notamment pour le scope 3 qui nécessite des données fournisseurs.
Sources
- ADEME — Plateforme BEGES
- Sami.eco — Tout savoir sur le bilan GES obligatoire
- Hellocarbo — Bilan GES : définition, guide complet et obligations 2026
- Ministère de l'Écologie — Décret BEGES
Conclusion
Le BEGES est une obligation légale réelle, assortie de sanctions réelles. Le fait que 69 % des entreprises concernées ne respectent pas encore cette obligation n'est pas un signe que la réglementation est laxiste — c'est un retard qui sera rattrapé par les contrôles. Pour les organisations qui n'ont pas encore commencé, le moment d'agir est maintenant, avant que l'exclusion d'un marché public ou la perte d'une subvention rende la prise de conscience douloureuse.




Comment se mettre en conformité ?