Réglementation Environnement

Le droit au service de l'environnement.

Audit énergétique obligatoire 2026 : seuils et démarches

11 min de lecture

Audit énergétique obligatoire 2026 : seuils et démarches

Le 11 octobre 2026 marquera un tournant pour des milliers d'entreprises françaises. À cette date, toute organisation dont la consommation énergétique moyenne dépasse 2,75 GWh par an devra avoir réalisé un audit énergétique — indépendamment de sa taille ou de son effectif. Fini le critère des 250 salariés : désormais, c'est la facture énergétique qui déclenche l'obligation.

Ce changement radical résulte de la transposition en droit français de la directive européenne (UE) 2023/1791 relative à l'efficacité énergétique (refonte de la directive EED), opérée par la loi DDADUE n° 2025-391 et précisée par l'arrêté du 10 juillet 2025 publié au Journal officiel le 16 juillet 2025.

Ce qui change en 2026 : du critère de taille au critère de consommation

L'ancien système (avant 2026)

Jusqu'à présent, l'obligation d'audit énergétique reposait sur des critères de taille issus de la transposition de la directive 2012/27/UE. Étaient concernées les entreprises remplissant au moins l'une de ces conditions :

  • Plus de 250 salariés
  • Chiffre d'affaires annuel supérieur à 50 millions d'euros
  • Total de bilan supérieur à 43 millions d'euros

Ce système excluait de facto des entreprises fortement consommatrices d'énergie mais de taille modeste — une PME industrielle chauffant un four à haute température, par exemple, passait entre les mailles du filet si elle comptait moins de 250 employés.

Le nouveau système (à partir du 11 octobre 2026)

La directive (UE) 2023/1791 abandonne le critère de taille au profit d'un critère unique : la consommation énergétique. Comme le détaille le portail PRO-SMEn, deux seuils structurent désormais les obligations :

Seuil de consommationObligationÉchéance
Supérieur ou égal à 2,75 GWh/an (moyenne sur 3 ans)Audit énergétique réglementaire11 octobre 2026, puis tous les 4 ans
Supérieur ou égal à 23,6 GWh/an (85 TJ/an)Système de management de l'énergie (SME) certifié ISO 5000111 octobre 2027

Le seuil de 2,75 GWh/an correspond à la consommation annuelle d'énergie finale moyenne calculée sur les trois dernières années civiles. Toutes les sources d'énergie sont prises en compte : électricité, gaz naturel, fioul, chaleur réseau, carburants pour la flotte de véhicules. Pour comprendre l'impact climatique de ces consommations, consultez notre fiche sur les gaz à effet de serre.

Concrètement, une PME de 80 salariés exploitant un site industriel qui consomme 3 GWh par an sera désormais soumise à l'obligation — alors qu'elle en était exemptée sous l'ancien régime.

Le cadre réglementaire en détail

La chaîne normative

L'obligation d'audit énergétique repose sur un empilement de textes qu'il est utile de connaître pour bien comprendre ses implications. Selon Opéra Énergie, la hiérarchie normative est la suivante :

  1. Directive (UE) 2023/1791 du 13 septembre 2023 : refonte de la directive sur l'efficacité énergétique (EED), elle fixe les objectifs et le cadre général au niveau européen
  2. Loi DDADUE n° 2025-391 : transposition en droit français, elle modifie le Code de l'énergie (articles L. 233-1 et suivants)
  3. Arrêté du 10 juillet 2025 (Légifrance) : il précise les modalités de réalisation de l'audit et les critères de compétence des auditeurs

Qui est concerné, qui est exempté ?

Sont concernées :

  • Toutes les entreprises, quelle que soit leur forme juridique (SA, SAS, SARL, EURL, SCI exploitante, etc.)
  • Toutes les organisations publiques ou privées
  • Les entreprises multi-sites (le seuil s'apprécie au niveau du SIREN, pas de l'établissement)

Sont exemptées :

  • Les organisations dont la consommation moyenne sur 3 ans reste inférieure à 2,75 GWh/an
  • Les organisations disposant d'un système de management de l'énergie certifié ISO 50001 couvrant au moins 80 % de leur consommation (l'exemption vaut pour la partie couverte)

L'exemption par l'ISO 50001 constitue d'ailleurs une incitation forte à structurer sa démarche énergétique au-delà du simple audit ponctuel.

Contenu et déroulement de l'audit énergétique

Ce que l'audit doit couvrir

D'après l'arrêté du 10 juillet 2025 et les précisions de Cegibat (GRDF), l'audit énergétique doit obligatoirement couvrir au moins 80 % du montant total des factures énergétiques de l'entreprise. Il doit respecter la norme européenne NF EN 16247 dans ses différentes parties :

Partie de la normePérimètre couvert
NF EN 16247-1Exigences générales
NF EN 16247-2Bâtiments
NF EN 16247-3Procédés industriels
NF EN 16247-4Transport

L'arrêté de 2025 introduit une nouveauté importante : une méthodologie d'échantillonnage pour les audits industriels, qui n'existait jusqu'alors que pour les audits tertiaires. Une entreprise possédant 15 usines similaires n'aura pas à auditer chacune d'entre elles individuellement.

Les étapes de l'audit

Un audit énergétique réglementaire se déroule selon une méthodologie structurée, comme le détaille Enoptea :

1. Réunion de lancement et collecte de données

L'auditeur recueille les données de consommation énergétique sur les trois dernières années : factures d'énergie, relevés de compteurs, plans des bâtiments, descriptifs des process industriels, données de production, informations sur la flotte de véhicules.

2. Visite de site et mesures

L'auditeur réalise une visite physique des installations. Il observe les équipements, identifie les postes de consommation majeurs, effectue des mesures complémentaires si nécessaire (thermographie infrarouge, mesures de débit d'air, relevés de température).

3. Analyse et modélisation

Les données collectées sont analysées pour établir un bilan énergétique détaillé. L'auditeur identifie les postes de consommation principaux, les pertes d'énergie et les écarts par rapport aux meilleures pratiques sectorielles.

4. Identification des gisements d'économies

C'est le cœur de l'audit. L'auditeur identifie les actions d'amélioration possibles, les quantifie en termes d'économies d'énergie (kWh/an) et d'économies financières (euros/an), et estime leur coût d'investissement.

5. Rapport et plan d'actions hiérarchisé

Le rapport final doit contenir, selon les exigences de la norme NF EN 16247 :

  • Le bilan énergétique de l'organisation
  • L'identification des usages énergétiques significatifs
  • Des propositions d'actions classées par temps de retour sur investissement
  • Une estimation des économies atteignables
  • Un calendrier de mise en œuvre recommandé

Qui peut réaliser l'audit ?

L'arrêté du 10 juillet 2025 précise les critères de compétence des auditeurs. Deux options :

  • Un auditeur interne : salarié de l'entreprise, à condition qu'il ne soit pas directement impliqué dans la gestion énergétique quotidienne des installations auditées (indépendance)
  • Un auditeur externe : prestataire qualifié, titulaire d'une qualification reconnue (OPQIBI 1905, 1717 ou équivalent) ou certifié selon un référentiel adéquat

Dans tous les cas, l'auditeur doit démontrer une compétence technique en matière d'efficacité énergétique et respecter les principes de la norme NF EN 16247-5 (compétence des auditeurs).

Le seuil des 23,6 GWh : l'obligation ISO 50001

Un palier supplémentaire pour les gros consommateurs

Au-delà du seuil de 2,75 GWh/an, la directive introduit un second palier. Les entreprises dont la consommation moyenne sur 3 ans atteint ou dépasse 23,6 GWh/an (soit 85 térajoules) doivent aller plus loin qu'un simple audit : elles doivent mettre en place un système de management de l'énergie (SME) certifié ISO 50001 avant le 11 octobre 2027.

D'après EnergyPro MAG, ce seuil concerne principalement les grands industriels : sidérurgie, cimenteries, papeteries, chimie, verreries, grandes surfaces logistiques climatisées.

Ce qu'implique l'ISO 50001

La norme ISO 50001 structure un système de management de l'énergie selon le cycle d'amélioration continue Plan-Do-Check-Act :

  • Plan : politique énergétique, objectifs chiffrés, identification des usages énergétiques significatifs, plan d'actions
  • Do : mise en œuvre des actions, formation du personnel, maîtrise opérationnelle
  • Check : surveillance et mesure des performances, audits internes, revue de direction
  • Act : corrections, actions d'amélioration, mise à jour de la politique

La certification ISO 50001 est délivrée par un organisme accrédité (COFRAC en France) pour une durée de trois ans, avec des audits de surveillance annuels.

L'avantage de la certification : elle exempte de l'obligation d'audit énergétique ponctuel, à condition de couvrir au moins 80 % de la consommation de l'entreprise.

Sanctions : ce que risque votre entreprise

Des amendes proportionnelles au chiffre d'affaires

Le non-respect de l'obligation d'audit énergétique expose l'entreprise à des sanctions administratives prononcées par la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). Selon EcoGreenEnergy et les dispositions du Code de l'énergie :

InfractionSanction
Absence d'audit dans les délaisAmende jusqu'à 2 % du CA HT du dernier exercice clos
RécidiveAmende portée à 4 % du CA HT
Audit non conforme aux exigences réglementairesMise en demeure, puis sanction en cas de non-correction

Pour une entreprise réalisant 20 millions d'euros de chiffre d'affaires, l'amende de première infraction peut ainsi atteindre 400 000 euros — un montant largement supérieur au coût de l'audit lui-même (généralement entre 15 000 et 50 000 euros selon la complexité du périmètre).

Le rôle de la DREAL

La DREAL est l'autorité de contrôle. Elle peut exiger la transmission du rapport d'audit, vérifier sa conformité aux exigences de la norme NF EN 16247 et sanctionner les manquements. Les contrôles se sont intensifiés depuis 2019, et la nouvelle réglementation ne devrait pas inverser cette tendance.

Calendrier : les dates clés à retenir

DateÉvénement
13 septembre 2023Adoption de la directive (UE) 2023/1791
Avril 2025Loi DDADUE n° 2025-391 — transposition en droit français
10 juillet 2025Arrêté précisant les modalités de l'audit (JO du 16 juillet)
11 octobre 2026Date limite pour le premier audit (seuil 2,75 GWh/an)
11 octobre 2027Date limite pour la certification ISO 50001 (seuil 23,6 GWh/an)
11 octobre 2030Renouvellement du premier audit (cycle de 4 ans)

Comment se préparer concrètement

Étape 1 : calculer sa consommation

Avant toute chose, il faut déterminer si l'entreprise est concernée. Le calcul est simple en principe : additionner toutes les consommations d'énergie finale (électricité, gaz, fioul, carburants) sur les trois dernières années civiles complètes, puis diviser par trois. Si le résultat dépasse 2,75 GWh (soit 2 750 MWh), l'obligation s'applique.

Attention : le périmètre est celui du SIREN (personne morale), pas de l'établissement. Une entreprise possédant cinq sites qui consomment chacun 600 MWh atteint un total de 3 000 MWh — elle est concernée.

Étape 2 : planifier l'audit

Compte tenu de la date butoir du 11 octobre 2026 et du délai nécessaire pour réaliser un audit complet (généralement trois à six mois entre la collecte de données et la remise du rapport), il est prudent de lancer la démarche au plus tard au premier trimestre 2026.

D'après la CCI Savoie, les étapes de planification recommandées sont :

  1. Recenser toutes les factures énergétiques par site et par source
  2. Consulter au moins trois prestataires qualifiés pour obtenir des devis comparatifs
  3. Vérifier les qualifications de l'auditeur (OPQIBI, certification NF EN 16247)
  4. Prévoir la mobilisation des équipes internes pour la collecte de données et les visites de site

Étape 3 : exploiter les résultats

Un audit énergétique n'a de valeur que si ses recommandations sont suivies d'effet. Comme le souligne eGreen, les entreprises qui transforment l'obligation réglementaire en opportunité sont celles qui :

  • Intègrent le plan d'actions de l'audit dans leur budget d'investissement annuel
  • Priorisent les actions à temps de retour court (remplacement d'éclairage, calorifugeage, régulation de chauffage)
  • Mettent en place un suivi mensuel de la consommation pour mesurer l'impact des actions
  • Envisagent la certification ISO 50001 si leur consommation approche les 23,6 GWh/an — une démarche complémentaire à la certification ISO 14001

Ce qu'il faut retenir

L'audit énergétique obligatoire 2026 représente un changement de paradigme : le critère de taille cède la place au critère de consommation, élargissant considérablement le champ des entreprises concernées. Avec un seuil fixé à 2,75 GWh/an de consommation moyenne, des milliers de PME industrielles et tertiaires entrent dans le périmètre de l'obligation pour la première fois.

Les sanctions — jusqu'à 2 % du chiffre d'affaires, 4 % en cas de récidive — ne laissent guère de place à l'attentisme. Mais au-delà de la contrainte réglementaire, l'audit énergétique reste avant tout un outil de performance : identifier les gisements d'économies, réduire ses coûts énergétiques et structurer sa trajectoire de décarbonation. L'audit s'articule naturellement avec le bilan GES obligatoire et les exigences de la CSRD.

Sources


À lire aussi